A l'aise dans son costume cravate, toujours bien coiffé, les souliers cirés, il a un regard figé quand il sourit.
Dynamique et talentueux, c'est ce qu'il veut figurer pour sa direction, tyrannique et ambitieux, c'est ce qu'il entend quand il tourne les talons.
A midi c'est au squash ou au golf qu'il va entretenir sa forme parlant foot-ball et stock-options.
Branché en permanence, téléphone, internet, il domine le monde, il s'encalmine dans son monde.
Moi, je le regarde tous les matins mettre son aftershave sur ses joues hâlées aux UV.
Il a mauvaise mine, les traits tendus, le regard anxieux.
Je reste dans mes pantoufles, mon peignoir mal serré sur le dos.
J'écoute les enfants s'éveiller, Ils se racontent des rêves insensés.
Tout est jeu pour eux, le chocolat qui auréole le lait, les céréales qui croustillent dans le bol, le chat qui quémande son obole avant de s'éclipser pour la journée, le soleil qui joue sur le dos des casseroles.
Une fois débarbouillés, un petit baiser et les voilà qui dégringolent les escaliers.
Ma femme en rappelle l'un ou l'autre : « Tu as oublié ton cahier. Tu n'as pas pris de goûter. »
Elle chantonne en s'activant, de la cuisine aux chambres.
Elle est si belle dans ses instants.
Mais la voici qui s'achemine à son tour vers le miroir. Fond de teint et ricil, elle disparaît pour la journée.
Une heure par journée, c'est trop peu pour exister!