Hier, il gisait allongé sur le sable.
Il n’était pas sur une plage, il ne regardait pas la course des nuages.
Il était dans un dépôt de matériaux de construction, sous un pont, n’offrant que son dos aux regards des badauds.
C’était un brave gamin et pour fêter sa réussite au BEP, ses parents, grands-parents et même une vieille tante, s’étaient cotisés pour lui offrir l’objet de ses désirs.
Ils étaient comme ça les jeunes maintenant. Il leur fallait tout, tout de suite. Il fallait que ça aille vite, comme si demain n’existait pas.
Moment d’inattention, moment d’exaltation, il avait décollé de ce pont qui peu à peu se noircissait d’une foule avide de sensations.
Les jeux du cirque ne sont pas morts, les arènes ne sont plus closes.
Aujourd’hui, il était au coin de la rue.
Pleurant le dernier lien qui l’unissait à la vie, cet ami qui s’était endormi.
Il ne lui restait que la rue et un coin d’usine désaffectée qui n’était plus meublée que de déchets trop onéreux à traiter, de ceux qu’on préfère oublier.
Il réclamait lui aussi son droit au sommeil éternel.
Où trouver les mots pour justifier un « bats-toi mon grand ! ».
Comment réprimer ces mots qui s’imposent « Dors bien petit !».
Il était assis, sa vie fuyant en larmes de sang, ses mains gonflées du poison qui exaucera bientôt ses vœux.
Et les passants de s’écarter sans un regard.
« N’ayez crainte, la misère ne s’attrape pas de cette façon !»
Qu’il est plus facile de donner une pièce à un SDF qui sourit qu’à un gamin qui ne sait cacher sa souffrance !
Hier, c’était aussi cet enfant trouvant la mort dans « son duel » avec des policiers ; course-poursuite fatale !
Aujourd’hui, ce sont aussi ces enfants qui ne s’éveilleront plus dans cet hôtel où ils avaient été parqués, avec leur famille, en attendant d’être logés.
Et toujours, ces enfants qui meurent de faim, qui meurent de soif, qui meurent de manque de soins, qui meurent de guerres....
Qu’elle humanité qui laisse crever ses enfants dans la rue !
Qu’elle civilisation qui s’émeut du frémissement d’une action côté en bourse et qui accepte sans broncher ces fins prématurées !
Car c’est bien notre société qui est responsable du sort de ces enfants ; cette société où pour être il faut avoir, toujours plus, à n’importe quel prix ; cette société qui tuent ceux qui s’essaient au jeu comme ceux qui se mettent hors-jeu.
Lorsque la réussite est le chemin obligatoire, il n’y a aucune pitié pour les vaincus.
Non, les jeux du cirque ne sont pas morts, ce sont nos enfants qui y tiennent les premiers rôles.