Pas un nuage pour troubler l’azur.
Un vent si faible qu’il caresse à peine les cheveux et n’amène que de timides frémissements dans les nouveaux atours vert tendre des arbres.
Les jonquilles ont laissé place aux tulipes et les oiseaux rivalisent de trilles gaies et impérieuses.
De jeunes cannetons découvrent avec délice le goût du pain trempé.
Qui n’a pas envie de profiter de la vie en ce printemps éclatant ?
Qui n’a pas envie de planter là ses soucis et de flâner, de regarder, de humer, d’écouter, de se délecter, d’être simplement heureux ?
Mais les nouvelles sont là, celles qu’on nous assène quotidiennement, celles qu’on nous voile, celles qu’on subit.
Licenciements, chômage partiel, fermetures, baisse du pouvoir d’achat, répression, violences, déshumanisation, inflation des nationalismes et communautarismes, sont devenus notre pain quotidien.
Le ciel est limpide mais l’orage menace.
Certaines victimes ont déjà répondu aux violences qui leur sont faites par d’autres violences, poussées par la colère et le désespoir.
Ailleurs, pour protéger cette vision du monde qui nous prouve tous les jours ses limites, qui en cette période de crise nous montre son vrai visage, ailleurs, pour protéger la pseudo paix de ce monde-là, pour protéger de fait quelques privilèges et quelques bénéficiaires, ailleurs, on prépare la guerre au milieu des flonflons, des grands discours et des accolades sous l’œil humide des caméras.
C’est la saison du renouveau et des grands ménages, c’est aussi la saison des semis.
S’il est doux de flâner il ne faut pas l’oublier, demain commence aujourd’hui.
Alors, pour ne pas récolter violences, misères, haines et guerres, désherbons et semons un peu de fraternité, de solidarité, de respect et d’amour, nous pourrions bien avoir en prime le bonheur.