« Impressionnante cette manifestation de soutien à notre Très Grand Président !
Cette foule silencieuse qui avance, tête baissée.
Si j’osais… On croit sentir monter de cette foule une dévotion presque palpable.
Il n’est qu’à regarder le sourire angélique de ces étudiants chargés d’encadrer cette démonstration d’unité supranationale… »
« - Moi, j’te l’dis petit, ça me fait mal, et pas qu’aux pieds, d’être là aujourd’hui. De devoir défiler sous le sourire de requin d’ces premiers d’la classe, et de quelle classe ! Toi, si j’avais pas conservé de vieux tracts, t’aurais même pas pu apprendre à lire ou à écrire. C’est pas rentable et même dangereux dans la tête des laborieux.
Tient, tu sais comment ça s’appelait cette rue là avant ? C’était l’avenue de La Liberté !
là, la place de la République et l’autre là, la rue des Petites Gens.
Maintenant, elles n’ont plus de noms, c’est pu rien qu’des numéros.
Quand tu circules, tu joues au loto et si tu t’fais foutre en l’air c’est qu’t’as tiré la mauvais numéro.
Vlà le tribunal. Avant, c’est pas qu’on aimait mais, n’importe qui pouvait y aller, sans carte et en y entrant par la grande porte. Tu pouvais porter plainte. Aujourd’hui su t’l’as pas, la carte, t’y vas facile, mais juste en rentrant par la porte de derrière et entre deux flics.
T’as vu c’qui zont osé écrire au fronton des mairies, des maisons du peuple !
D’accord, Liberté, Egalité, Fraternité, c’était pas toujours vrai pour tous, mais remplacer ça par Travail, Bénéfice, Rentabilité… D’ailleurs, là non plus c’est pas toujours vrai du moins, pas de la même façon pour tous.
C’est comme l’histoire des monuments aux morts. C’était écrit « Morts pour la patrie ». C’était pas vrai et nous on le dénonçait. Mais quand tu vois le nom de ces morts disparaître sous les logos des mécènes, la banquestockoption, les assurancesàrisques, et même Macburgerlecholestérolauquotidien !
C’est pire qu’un enterrement ces défilés ! Au moins l’enterrement t’y va pour une vraie raison, tandis que là.
Les vraies manifs, celles que les gens y ‘zy allaient de bon cœur, ben les drapeaux y zétaient rouges et on les levait bien haut, et puis on chantait, et puis on criait des fois aussi, et même, on rigolait. On n’était pas payé par le patron ces jours là, bah, c’était pas pour rien qu’on venait quand même.
Alors tu penses, au début, quand y nous on dit que si on n’y allait pas à leur truc ben on serait pas payé, on a rigolé et on est resté chez nous.
Maintenant, si t’y vas pas, c’est pas un jour de salaire qui t’enlève, c’est tout, c’est le boulot, la maison, la bagnole, la carte, .., tout même le droit de crever.
Un copain qui zavaient eut et qu’en pouvait pu, ben ses ptits enfants y paient encore des dommages et intérêts aux actionnaires du Réseau des Transports … enfin, de la senecefe !
T’sais, moi, les étoiles, j’les ai toujours aimé, elles m’ont toujours fait rêver, mais dans le ciel et pas sur un uniforme ou sur un drapeau !
J’les regardait pendant des heures, je connaissait leurs noms et même des fois leurs petits noms, je voyageait.
C’est comme ça qu’on s’est connu avec Rosa, la tête en l’air, le nez dans les étoiles, on a rêvé ensemble, on a refait le monde et puis…
Alors tu voies, là, utiliser des étoiles sur un drapeau pour emprisonner les rêves, ça, je ne leur pardonnerai jamais !