Non, vraiment, je ne peux plus supporter ces hordes hurlantes, accourant aux appels des médias, gesticulant sous l’œil des caméras, déclamant leur fierté d’être utilisées.
Personnellement, il faut dire que je ne suis pas d’ici, je n’avais aucune envie de prendre position dans ce pour ou contre s’agissant d’un film de simple divertissement.
Il fait rire en famille, c’est très bien ; il revalorise la qualité des gestes simples de la vie, c’est encore mieux ; il ne parle pas des difficultés économiques et sociales de la région, c’est une comédie ; il n’aborde la culture régionale que de façon minimaliste, une fois encore, ce n’est pas une œuvre culturelle.
S’il ne s’agissait que du film donc, quoique l’investissement financier régional ait aussi déjà fait beaucoup débattre à l’heure ou des associations ferment les portes faute de moyens, il serait facile d’esquiver.
Mais voilà, depuis au moins deux mois radios, journaux, panneaux martèlent la gloire de Dany et la fierté d’être Ch’ti.
Difficile d’avouer que, non seulement ce n’est pas votre tasse de thé mais que là, ça commence franchement à vous lasser.
Les biloutes jaillissent de tous cotés, génération « spontanée » d’un vocable auparavant quasi-inusité.
Inutile de chercher à fuir, où que vous posiez le regard, la ch’ti - mania a gagné, chacun veut bénéficier de la manne boonesque.
Le week-end dernier, il faut maintenir la barre haute, alors on organise une grande fête à Dany, il fera l’tour de Lille avec son équipe.
Ravivons, la flamme, relançons la passion, il y a un marché à prendre et tant de produits dérivés à défendre.
Riche campagne où l’on réquisitionne trains, bus, compagnies de sécurité, cafetiers, artistes et élus locaux,…
Dix mille fans ici, quarante deux mille fêtards là-bas, quinze mille touristes au milieu de tous ça !
Même à l’écart de la cohue, et bien avant l’heure fatidique de l’arrivée du nouveau messie, impossible de profiter calmement des choses simples de la ville, bancs ou jardins publics, terrasses ou voies piétonnières. La frénésie s’étend partout.
Il y aurait des réticents, des grincheux ?
Il faut oublier ces médisances, les journaux nous l’on bien dit ce dimanche, la fête était parfaite, aucun bémol, pas même, mais ce n’est pas une grande blessure, les fêtards avinés qu’il a fallu déloger au petit matin, les voitures incendiées, les vitrines brisées ou l’inconvenant jeté à la Deûle.
Non, ce ne sont que les dessous de l’armure, cela n’intéresse personne, ce qui prévaut ce sont ses reflets d’or aux soleils artificiels.
L’original, lui, a préféré s’éloigner … c’est la fête à la grenouille !