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Dans un monde moderne, connecté, pour éviter les attentes prolongées, désengorger les commissariats, et peut-être aussi favoriser la délation, on nous a vendu, très largement, la simplification via le dépôt de pré-plainte en ligne.
Nous avons été victimes samedi en fin d’après-midi du vol de notre carte bancaire par des pickpockets, précédé de la captation préalable du code de celle-ci probablement lors du paiement de nos achats au supermarché de quartier où nous nous étions rendus.
Suite à un appel en début de soirée par notre banque nous signalant un mouvement suspect sur notre compte bancaire, et après consultation de celui-ci, il est apparu que des retraits frauduleux avaient été effectués sur notre compte pour le montant maximum autorisé, soit 1500 euros ! C’est à ce moment que nous avons constaté le vol de notre carte.
Il était alors environ 22h.
Nous avons immédiatement fait toutes les démarches pour faire opposition à notre carte bancaire auprès de notre banque.
Le commissariat de notre ville n’étant ouvert qu’aux heures de bureau et uniquement les jours ouvrables, porter plainte, c’est se rendre de La Madeleine à Lille Sud ce qui n’est guère séduisant, surtout de nuit. Rappelons qu’il n’y a pas de transports en commun directs et qu’ils sont peu nombreux le soir, et inexistants passé certaines heures.
Nous finissons donc par remplir un formulaire administratif de pré-plainte, sur le site gouvernemental, ce qui permet de choisir le commissariat dans lequel vous souhaitez pouvoir signer votre plainte. Il vous est même demandé de préciser vos disponibilités.
Accusé de réception de pré-plainte automatique reçu par mail, il ne reste plus qu’à attendre le rendez-vous. Nous devrions donc avoir rapidement tous les documents nécessaires pour les assurances bancaires.
Dimanche, rien, mais le commissariat de ma ville est fermé donc…, lundi, rien non plus.
Mardi, en milieu de matinée, je tente un appel pour au moins savoir si ma pré-plainte a bien été enregistrée et s’il serait possible d’avoir un rendez-vous. Je souhaite disposer d’une copie de ma plainte pour pouvoir me faire rembourser, mais je me questionne également : à ce rythme mes voleurs ont le temps d’être très loin ou de faire d’autres victimes avant que la police ne prenne connaissance de ma plainte. Mon appel est transmis à un poste, basculé sur un autre, puis, durée d’appel dépassée, coupé !
Je rappelle en fin de matinée. Réponse : c’est presque l’heure de la pause déjeuner !
Face à mon insistance on me précise que « je serai contacté par l’agent en charge, mais tout dépendra de son planning… »
Mercredi toujours aucune nouvelle, je retente un appel en début d’après-midi. Un agent très cordial prend mes coordonnées et va les transmettre à son collègue. L’après-midi touchant à sa fin, et un peu lasse d’attendre, je téléphone à nouveau. Là, on me dit que « je n’ai qu’à venir au commissariat aux heures d’ouverture pour déposer une plainte ! » Et comme je demande à quoi sert la pré-plainte ou si je peux avoir un horaire (je travaille moi aussi) on finit par me demander de raccrocher parce qu’il faut libérer la ligne, puis, on coupe la communication !
Force m’est de constater que :
- Les pré-plaintes, comme d’autres dispositifs en ligne, ne sont qu’une façon de faire patienter les plaignants et de masquer le manque de moyens humains des commissariats.
- La fermeture des commissariats de proximité, en empêchant le contact direct et rapide des plaignants avec les services de police, nuit gravement à la qualité du service public.
- L’allongement des délais, pour signaler les délits ou agressions, rend plus qu’aléatoire les possibilités de trouver les coupables, voire, leur assure une certaine impunité.
- Parallèlement, cet allongement détériore grandement les relations entre les plaignants et la police.
En tout état de cause, 4 jours après le vol, et son signalement, nous n’avons toujours pas pu déposer plainte, et plus grave encore, rien n’a encore été fait pour chercher à retrouver nos voleurs ou pour les empêcher de recommencer, la police n’étant toujours pas informée de la présence de ces malfrats sur son territoire.
Seul point positif au tableau, les plaintes n’étant pas enregistrées, les statistiques sur la sécurité sont excellentes !
Dormez tranquilles braves gens….