Assis au soleil, entre parking et place du marché, ils sont là, immuablement.
Viennent les intempéries, c’est de l’autre coté de la rue, sous l’abribus, que vous les reconnaîtrez.
Ils sont quatre ou cinq, parfois plus, rarement moins.
Ils me saluent tous les jours au retour du travail, sans paroles ni geste de la main, juste un regard qui enregistre, j’ai mon pain, tout va bien.
Que font-ils là pendant des heures ?
De quoi parlent –ils ?
De la pluie et du beau temps, des études des petits enfants, de la vie de leurs parents, de l’usine avant, de leurs maux de dents, et du foot et du cyclisme, du pris des légumes et des loyers, du dernier qui va se marier, de celui qu’on a enterré.
Ils sont là et ils recréent, jour après jour, inlassablement, les rites d’un monde qu’ils n’ont jamais connu.
Ils sont ici et là-bas, intemporels.
Ils sont le Sud au Nord, les rides en raccord.
La vie, malgré la mort.
La paix du foyer retrouvé.