Il est en avance.
Cela faisait un petit moment déjà qu’on pressentait que se serait bientôt son heure et, il y a deux - trois jours, il a frappé à notre porte. Non pas timidement comme il le fait parfois, mais d’emblée, il a fait ouvrir les fenêtres, éclore les fleurs, énamourer les matous et réveiller les mouches.
Le printemps, le vrai, qui m’accompagne gaiement sur la route du boulot ce matin.
Ce n’est pas que l’idée de rester enfermée devant un ordinateur toute la journée soit plus plaisante aujourd’hui qu’hier, non, c’est plutôt que mes idées sont ailleurs à voleter follement de fleur en arbre.
Les gamins courent et jouent en allant à l’école, leurs mères papotent, des ouvriers sifflent, …
« - Bonjour !
- Belle journée !
- … »
Les sourires fleurissent sur toutes les lèvres comme les jonquilles et les pâquerettes sur les pelouses.
Les papis promènent déjà leurs chiens ; ici, on astique les carreaux ; là, c’est coincé dans son costume – cravate que celui-ci s’octroie un petit jogging sur le chemin du bureau.
Un canari se réapproprie un rebord de fenêtre.
Et brusquement me voici face à un jeune couple, bruyant, gesticulant.
Le temps de réaliser et le voilà qui la jette à terre d’un violent coup de pied.
Je l’aide à se relever.
Pas trop de casse, enfin pour cette fois car je n’arrive pas à l’empêcher de courir derrière « son homme ».
Fait divers qui glace mon cœur.
La journée de La Femme c’était la semaine dernière, le hidjab c’est chez les autres, la ceinture de chasteté c’est le passé.
Ca, cette violence, c’est aujourd’hui et c’est chez moi.
Les oiseaux s’en donnent à cœur joie, finalement, pendant huit heures derrière mon écran, je serai à l’abri.
Une journée de printemps ordinaire.
Ces deux-là sortiront-ils un jour de l’hiver ?