Ca y est, la porte de l’appartement est ouverte. Elle m’a habillée tout à l’heure, coiffée et mis mon manteau et mon bonnet. Elle en a encore profité pour me toucher et pour essayer de me
câliner. Je dois aller avec eux au village pour faire les commissions et ils voudront aussi encore aller chez Mémère. Elle a enfin lâché ma main, pour mettre son manteau et prendre le panier. C’est
le moment, je cours dans le couloir. Mais il est si grand, si long, j’arriverai jamais au bout avant qu’elle ne voit, qu’elle me rappelle. Sauvée, sur ma droite, en face des chambres des
célibataires il y a un renfoncement qui sert de débarras au voisin. Quelques caisses de boisson y sont empilées. Vite, je passe derrière elles et je me colle au mur. Ca y est, ils me cherchent, ils
m’appellent, ils sont tout près. J’essaie de me faire encore plus petite, d’entrer dans le mur. Oui, je voudrais entrer dans ce mur et être invisible, disparue sans laisser de trace. Ils pourront
toujours me chercher alors, m’appeler, je ne serai plus là, enfin si, moi je pourrai les voir et les entendre se plaindre. Enfin ça, je n’en suis pas sûre. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pas
envie qu’elle m’aime. Et zut, je commençais seulement à m’intégrer au mur et voilà que papa est là à me demander à quoi je joue. Il faut que je les suive. Arrivée aux escaliers, je m’assied sur la
première marche et je ne bouge plus. Je ne dis pas un mot, d’ailleurs, ça fait longtemps que je ne dis jamais rien, enfin rien d’important. Et c’est repartit, elle a de nouveau des larmes dans ses
yeux. Si elle savait ce que j’aime pas ses larmes. Si elle croit que ça me touche, c’est raté, ça m’énerve juste. Je sais bien que je vais être obligée de la suivre. Je vais devoir lui obéir, mais
c’est pas grave, ça ne durera pas toujours, juste le temps de grandir. D’ailleurs, je suis déjà grande dedans et même si j’ai que deux ans je suis même plus grande qu’elle dedans. Moi, je ne pleure
pas et d’ailleurs j’ai pas besoin d’elle moi. Et puis d’ailleurs, si elle m’aimait comme elle le dit, elle m’aurait pas envoyé chez les autres pendant si longtemps, juste parce qu’elle était un
petit peu malade. Moi, quand je serai grande je serai jamais malade et puis j’irai plus jamais chez les autres, même pas chez Mémère.