Ils sont partis la fleur au fusil laver l’honneur de la France.
Les flonflons des fanfares, on va les avoir, les sourires des filles, je reviendrai te faire un petit, la fierté des pères, on la fêtera longtemps celle – là et on sera prospère, les regards des enfants, les pleurs des mères, les champs qui se désespèrent, les ateliers qui se dévitalisent, c’est le roulement des trains qui malmène l’estomac alourdit de vinasse.
Et ce temps qui n’en finit pas, marcher, creuser, charger, ramper, pleurer, tuer, souffrir, râler, crier, manger, se lever, dormir, rêver, obéir, mourir enfin.
Plongée en enfer, bain de boue, de fer, de sang, de feu, où rien ne sert à rien.
Obéir aux ordres, marcher, crever, l’amitié ne veut rien dire, mon frère est mort demain.
Il me pousse à l’assaut, se cache pour douter, exécute l’innocent, me jette ses tripes et ses larmes à la figure, creuse ma tombe, embrasse ma femme et mes enfants, appelle une autre mère que la mienne, verse son sang mêlé au mien.
Quel honneur peut-on laver dans la boue, le sang, les cris et les pleurs ?
Ici, l’âme n’a plus de patrie, l’homme n’est plus que soumis.
Lazare est sorti du tombeau.
Faut-il lui rendre hommage aujourd’hui, à lui, et à tous les sacrifiés sur l’autel des nationalismes ?
Je n’ai pour ce faire que les mots de Prévert : « Quelle connerie la guerre».