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Le blog de totoche

Le blog de totoche

Des mots, juste des mots, mes mots.


Victorine

Publié par totoche sur 1 Octobre 2008, 12:07pm

Catégories : #rêverie

Elle tourne gaiement dans les bras de son beau militaire.

La valse s’égrène des touches de l’accordéon.

C’est la St Georges, le saint patron du village.

Elle étrenne une jolie robe fleurie et un coquet chapeau orné de cerises pimpantes.

C’est le plus beau gars du village.

Ils se marieront au printemps prochain.

 

Le ciel s’est recouvert de gros nuages noirs.

Il doit rejoindre son régiment.

Les villages frontaliers sont évacués.

A pieds, bicyclettes, autocars, charrettes, trains, les habitants fuient un déluge de fer et de feu..

Une jeune mère et sa fille trouvent refuge dans un village du Limousin.

Elles demeurent avec les parents dans une grange, sans nouvelles de l’absent.

 

Elle est appelée à la mairie, il reconnaît l’enfant.

Il les attend, là-bas, de l’autre coté de la Méditerranée.

Ils vont se marier.

Nouveaux adieux, elle quitte sa famille avec la bénédiction de sa mère.

Qu’importe la guerre, elle qui n’avait jamais quitté son village natal, elle va, d’autocars en trains jusqu’au bateau qui la mènera à bon port.

 

Casablanca la blanche.

Une maison sur les hauteurs, des toits terrasses où l’on accroche le linge.

Des marchés colorés où les patates sont douces.

Une langue, le français, qu’elle redécouvre, l’école est loin.

Et cette chaleur, et les mouches, et le bruit, et ces vêtements, ces tissus, et ces indigènes.

Mais il rentre le soir et ils sont deux.

Deus pour élever la petite, puis son frère et le deuxième.

Le soir, qu’il fait bon sur le toit regarder les étoiles, la lune, les bateaux se balançant doucement dans la baie.

 

Mais bientôt se sont les sirènes, les cris, les avions, les bombes.

Elle voit ce paquebot, Le Normandie, s’enfoncer lentement dans les flots.

A nouveau il faut partir, le quitter, sans savoir…

 

Ils sont toujours dans cette grange.

Les petits ont grandi, deux de ses frères se sont fiancés.

Ils rejoignent le maquis.

Le père garde le silence et cache les parachutes.

La mère prie la chapelet toutes les nuits.

 

La France est libre, ils retournent au pays, recouvrent d’un nouveau toit la maison.

Les hirondelles reviennent y nicher.

Elle n’a pas eu de nouvelles pendant longtemps.

Demain, il sera là.

 

Ils logent dans une de ces nouvelles constructions de bois en bas du village, près de la rivière.

Ils sont en vie, ils sont jeunes, ils sont deux, les enfants jouent, ils sont heureux.

 

Elle n’a pas trente ans, elle est droite dans sa robe noire.

Il est mort sur le chemin de la maison, poignardé par un voisin ne supportant plus le bonheur.

Elle n’a pas trente ans, elle ne sait pas qu’elle portera ses deux fils en terre.

 

Seule, elle soigne ses lapins, ses poules, s’occupe de son jardin.

Elle bavarde, en alsacien avec les voisins.

Mais quand elle me raconte là-bas, c’est avec du soleil plein les yeux et l’accent pied-noir sur les lèvres.

 

Ils se sont retrouvés, à l’ombre d’un tilleul, dans le petit cimetière.

Ils sont ensemble, enfin, pour ne plus se quitter.

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