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Le blog de totoche

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Des mots, juste des mots, mes mots.


L'air du temps

Publié par totoche sur 10 Avril 2008, 11:54am

Catégories : #réaction

Article I - 6 : Le droit de l’Union

La Constitution est le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des Etats membres


 

 

 

 

Quand on veut être, il faut savoir paraître, il faut déjà avoir l’air…….l’air du temps

 

Sandrine était une petite fille modèle.

 

Sa maman, mère au foyer, lui confectionnait de jolies petites robes volantées et passait beaucoup de temps, fer à friser à la main, pour lui garder les jolies anglaises qu’elle avait naturellement à deux ans. Ce n’était pas parce que le salaire de son époux n’avait comme seul avantage que de tomber régulièrement qu’il fallait faire montre de laisser aller. D’ailleurs, avec ses allures de poupée, Sandrine était invitée à tous les goûters d’anniversaire de l’école !

 

Son papa, embauché comme petit gratte papier, gravissait lentement, mais sûrement, les échelons hiérarchiques de son entreprise, sachant montrer les dents ou les cacher derrière un sourire suivant le sens du vent. Se conformant toujours strictement à l’image de ses supérieurs, il réussissait à imposer à tous l’impression que sa place était parmi eux.

 

A l’adolescence, fini les frisettes. Elle passait des heures entières avec ses copines, le nez dans des revues, à commenter les nouveautés de la mode.

 

C’est à l’occasion d’une soirée donnée pour fêter les nouveaux bacheliers qu’elle fit la connaissance de Jean Bernard.

Trois années plus tard, en voyant des larmes de joie dans les yeux de sa mère qui terminait de mettre en place les plis de son voile de mariée, elle eut un instant de doute : n’était-elle pas en train de construire sa vie sur des apparences ?

 

C’était le plus beau jour de sa vie, elle était la reine, et tout comme sa mère l’avait fait pour elle, elle apprendrait à ses enfants l’importance de l’apparence.

 

****

 

 

Les jours défilaient à une vitesse folle.

 

Depuis plus d’un mois, la tension était à son comble sur son lieu de travail.

Tout le monde devait mettre les bouchées doubles pour atteindre les objectifs fixés pour la campagne en cours, atteindre aussi et surtout la prime d’objectifs.

Et cette prime, elle aurait bien besoin, entre l’installation de sa dernière qui se décidait enfin à quitter le nid familial, le salon qu’il fallait changer car il détonnait trop à proximité de la nouvelle salle à manger et les vacances qui approchaient !

 

Ce matin, elle avait emmené le chien chez le vétérinaire pour la mise à jour de ses vaccins et après un rapide déjeuner, comme elle en avait l’habitude, elle était à nouveau sur la brèche, voulant arriver assez tôt en ville pour trouver « facilement » une place de stationnement.

 

Il fallait absolument qu’elle trouve un petit truc sympa à se mettre sur le dos.

 

Son fils devait venir prendre le café le lendemain après midi en compagnie de sa fiancée et de ses futurs beaux-parents.

Elle tenait à paraître à son avantage et, même si Pierre Etienne, son fils, ne cessait de vanter leur simplicité, elle avait conscience qu’ils étaient d’un milieu social plus élevé que le leur.

Elle n’aurait pas voulu risquer de mettre l’avenir de ce dernier en danger pour n’avoir pas su s’occuper de ces petits détails.

 

En prenant à droite, par les petites rues de la vieille ville, elle se retrouverait rapidement du coté des boutiques et surtout, près des parkings du centre ville.

 

Mais voilà, encore un samedi où la circulation était bloquée dans ce quartier.

Qui avait-il encore cette fois, une nouvelle fête, un nouveau défilé ? En quel honneur ?

Elle avait lu le matin dans la salle d’attente du vétérinaire que c’était l’année de la Chine, c’était donc  sans doute des groupes folkloriques !

 

Mais non, c’était encore et toujours une manifestation.

Si ces gens avaient du temps à perdre, pourquoi fallait-il qu’ils lui en fassent perdre à elle aussi !

D’ailleurs, à quoi cela pouvait-il bien servir d’aller s’époumoner ainsi dans les rues ?

Ils espéraient quoi ? Changer le monde, stopper la guerre, obtenir des droits à la retraite ou à la santé, la sécurité de l’emploi, une école de qualité ?

Ils refusaient le progrès, voilà tout !

 

Ses enfants étaient allés dans un lycée privé, avaient brillamment réussi leurs examens mais c’était bien parce que son mari et elle, au lieu de traîner dans les rues, avaient travaillé pour cela et dur.

 

Enfin, il ne fallait pas qu’elle s’énerve sinon elle aurait de façon certaine une migraine et demain, ce serait une superbe tête de papier mâché qu’elle présenterait à ses invités.

 
***
 
Le ciel se couvrait de nuages bas, elle ferait mieux de quitter son banc ; même les oiseaux semblaient avoir déserté l’endroit.

Butant d’un pied incertain dans une canette vide, elle ne faisait pas attention aux quolibets que lui lançaient une bande de jeunes vauriens.

Une jeune femme ressemblant à sa fille prit lestement un garçonnet par la main afin qu’il ne l’approche pas de trop près.

 

Elle passerait par la vieille ville, pour s’économiser, économiser ses jambes fatiguées, économiser son vieux cœur usé.

Economiser, voilà un mot qui résonnait étrangement dans sa tête.

Economiser alors qu’elle n’avait plus rien à elle, rien que l’éternité devant elle, elle qui pourtant avait passé sa vie à courir après le temps.

 

Aujourd’hui, le temps n’était plus que celui qui séparait un foyer d’un hall de gare ou d’un square, celui pendant lequel il fallait rester debout sur ses vieilles jambes, au milieu d’une file qui s’allongeait de jour en jour, pour avoir une assiette de soupe tiède.

 

Approchant du centre ville, elle entendit une rumeur, le bruit d’une foule en effervescence.

 

Enfin les gens se réveillaient, après si longtemps, ils retrouvaient le chemin de la rue, de la libre parole, de la contestation, des manifestations. Ils s’étaient enfin regroupés pour crier leurs souffrances.

Depuis qu’ils avaient dit oui, qu’elle avait dit oui, les manifestations étaient devenues de plus en plus rares, symbole éclatant du changement d’époque.

 

Elle courait presque maintenant. Elle voulait les rattraper. Elle voulait participer.

Elle se mettrait même devant s’ils le voulaient pour bien montrer à tous l’image de la misère, de sa misère.

 

Plus qu’une petite rue à parcourir et elle déboucherait sur la Grand’Place.

Plus qu’une vingtaine de mètres que son cœur et ses jambes refusèrent de faire.

Elle se voyait déjà derrière une banderole, au milieu d’une forêt de drapeaux multicolores, et elle chantait avec la foule des manifestants.

 

Qui reconnaîtrait la petite Sandrine dans cette « Passionaria » ?

 

Revenant en courant donner la main à ses parents, heureux d’avoir récupérer son ballon au coin de la vieille rue, le petit Jean fredonnait distraitement « Tous ensemble, tous ensemble… » alors que, massée sur la place, la ville entière entamait dans un chœur obligatoire « Joyeux anniversaire » en l’honneur du Président de l’Union.

 

 

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