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Le blog de totoche

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Des mots, juste des mots, mes mots.


Le rucher de l’excellence

Publié par totoche sur 26 Avril 2017, 21:43pm

Catégories : #réaction

Il était un rucher qui ne produisait que de l’excellence.

Ses abeilles, travailleuses hautement qualifiées, sur les conseils habilles de leur apiculteur, choisissaient, selon les saisons, de lutiner, ici ou là, puisant dans la diversité de la nature les parfums les plus délicats et des goûts sans cesse renouvelés.

On vantait, grâce à elles, la puissance du sapin, l’âcreté du châtaigner et de la bruyère, la douceur du pissenlit et de la lavande, la subtilité de l’acacia.

 

Mais la sécheresse d’abord, puis des pluies diluviennes qui avaient ravinées les sols, déracinés les plantes, avaient fait des ravages.

Les produits phytosanitaires avaient également portés de rudes coups, décimant les rangs de ces fières travailleuses.

De mois en mois, de jour en jour, elles s’affaiblissaient, diminuant leur distance de déplacement.

 

Elles n’eurent un matin plus le choix qu’entre les fleurs domestiques bien peu enivrantes du jardin voisin et les fleurs de colza, fades à vomir et surtout chargées en fongicides, pesticides et autres suisses cidaires, du champ mitoyen.

 

Un vent de révolte grondait dans le rucher.

Le jardin ? On n’allait pas travailler pour ça ! Produire si peu et de si piètre qualité ! On connaissait les pollens et les nectars et aucun de ceux présentés ici n’était vraiment nourrissant !

Autant mourir dignement que de fertiliser ses fleurs domestiques qui d’ailleurs, au premier puceron, seraient elles aussi traitées.

 

Certaines abeilles se dirent qu’elles pourraient peut-être essayer le colza. Elles pourraient travailler, il y avait des fleurs pour toutes, et puis, peut-être que finalement les insecticides n’étaient effectivement pas dangereux pour elles. Celles qui en étaient mortes n’avaient-elles pas également butiné d’autres choses ? Le purin d’orties pouvait également être suspecté non?

 

Certaines abeilles cependant disaient préférer ne produire que du géranium ou de la rose et pouvoir voler encore plutôt qu’être asservies à ce champ nauséabond. Là, il nous faudra butiner et produire sans relâche ce mierdat qui nous fera toutes crever, nous et nos larves.

Utilisons dès aujourd’hui les forces qui nous restent pour aller chercher les pollens du monde.

Demain, nous piquerons les mains qui voudraient souiller les fleurs.

 

On peut toujours parler du soleil passé et des pluies écoulées, ce n’est qu’ainsi que nous survivrons, nous, nos larves et la diversité.

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